Un départ au goût amer

Patrick
Patrick Rodrigue
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L’état de l’éducation inquiète Richard Gauthier

S’il a su relever pas mal de défis à la Commission scolaire de Rouyn-Noranda (CSRN), Richard Gauthier quitte néanmoins son poste de directeur général avec un peu d’amertume face à l’avenir des commissions scolaires et du système d’éducation en général.

S’il quitte ses fonctions sur une note un peu amère, Richard Gauthier compte sur la passion du personnel de la CSRN et de ses écoles pour traverser les tempêtes qui s’annoncent à l’horizon. (Photo: Patrick Rodrigue)

«Les commissions scolaires ont parcouru beaucoup de chemin en 25 ans. Pourtant, le ministère de l’Éducation (MELS) nous considère à présent comme des persona non grata, des gens dont on ne veut plus. Pour une raison que j’ai encore de la misère à saisir, on dirait qu’il ne nous fait plus confiance et qu’il gère désormais sans nous consulter. Les coupures de 110 M $ qui nous ont récemment été imposées de façon unilatérale l’illustrent bien», déplore-t-il.

Le citron n’a plus de jus

M. Gauthier dénonce également le message contradictoire que semble lancer le MELS à l’endroit de la persévérance scolaire.

«On insiste partout sur l’importance de l’éducation, mais les gestes ne suivent pas, lance-t-il. À la CSRN, on a coupé tout ce qui pouvait l’être et réaménagé les postes et les services. À présent, on a plus que jamais besoin d’équipements et de nouvelles options pour former adéquatement nos jeunes. Mais le MELS n’a plus d’argent. De plus, il presse encore davantage notre citron, qui n’a déjà plus de jus. Le MELS est tranquillement en train d’étouffer les commissions scolaires, et c’est triste. J’aurais aimé pouvoir quitter sur une autre note.»

Richard Gauthier cite en exemple l’éducation aux adultes. Bon an mal an, le Centre Élisabeth-Bruyère accueille environ 320 équivalences à temps plein (ÉTP), ce qui correspond à un peu plus de 1000 élèves.

«Or, à cause du manque de fonds, le MELS a annoncé qu’il n’accordait du financement que pour 284 ÉTP. Ce qui nous prive de 300 000 $ pour l’éducation aux adultes, alors qu’on traîne déjà un déficit de 150 000 $. À mon avis, on est en train d’envoyer un bien drôle de message face à la persévérance scolaire», fait-il observer.

«Le MELS est tranquillement en train d’étouffer les commissions scolaires, et c’est triste. J’aurais aimé pouvoir quitter sur une autre note.» Richard Gauthier

Du sable dans l’engrenage

Ce qui le conduit à discuter de l’abolition des commissions scolaires, une volonté qu’il avoue ne pas comprendre. «C’est un sujet à la mode, ça fait chic de la réclamer, mais que veut-on abolir au juste? Qu’est-ce qui dérange dans les commissions scolaires? On n’a jamais obtenu de réponse claire à date», indique-t-il.

Selon M. Gauthier, la disparition des commissions scolaires ne se traduira pas par des économies, Bien au contraire, car il faudra tout de même une structure pour gérer les bâtiments et le transport scolaire, de même qu’administrer le salaire des enseignants et la répartition des spécialistes à travers les écoles.

Sa pire crainte à cet égard demeure cependant la perte de gouvernance locale. «On risque de se retrouver avec une gestion centralisée, qui ne tiendra aucunement compte des besoins particuliers de chaque milieu. Il y a visiblement du sable dans l’engrenage», dénonce-t-il.

Garder la passion vivante

Malgré ce climat de morosité, Richard Gauthier affirme qu’il quittera ses fonctions avec l’espoir au cœur. «Quand je vois tous les projets qui se réalisent dans les classes, l’engagement indéfectible des enseignants envers les élèves et la fierté du personnel envers leur école, ça met du baume sur les plaies. C’est pour ça qu’on travaille et il ne faut jamais le perdre de vue. Tant que cette passion va rester vivante, on va toujours réussir à traverser toutes les épreuves», fait-il valoir.

Organisations: MELS, Ministère de l’Éducation, Centre Élisabeth-Bruyère

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