Au printemps 2011, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC) a lancé une campagne destinée à faire valoir le rôle essentiel des immigrants au développement du Québec. Quatre personnes qui se sont installées à Montréal et à Québec avaient alors livré leur témoignage au www.toutesnosorigines.gouv.qc.ca.
Un an plus tard, le MICC a décidé d’ajouter deux témoignages, soit celui d’un immigrant installé à Sherbrooke et celui de Li Zhen Cheng, professeure chercheure en géophysique au Département des sciences appliquées de l’UQAT. Ce qui rend son témoignage d’autant plus unique, c’est qu’il est le seul à ne pas provenir d’un immigrant installé dans un grand centre urbain.
À un cheveu de refuser
Mme Cheng avait été approchée par le MICC il y a quelques années, mais elle avait décliné, sentant que sa maîtrise du français ne la qualifiait pas comme un modèle d’immigrant. Une deuxième tentative toute récente s’est cependant avérée concluante.
«Sylvain Lacroix, directeur des politiques et des programmes de relations interculturelles, un homme que je connais bien, m’a téléphoné directement pour être sûr que j’accepte. J’ai fini par dire oui. Pas pour moi, mais parce que j’allais faire rayonner l’UQAT et montrer aux autres ce qu’on est capables de faire ici même si on est loin», a-t-elle mentionné.
Saut dans l’inconnu
Lorsqu’elle a quitté sa Chine natale en 1992 pour venir compléter une maîtrise en métallogénie à l’Université Laval, Li Zhen Cheng n’avait pas l’intention de demeurer au Québec bien des années.
«Mon objectif, c’était d’obtenir un doctorat en géophysique, puis de retourner travailler en Chine. Je me suis finalement rendue jusqu’au post-doctorat, en passant par Montréal et Ottawa. J’ai ensuite postulé dans diverses universités en Suède, aux États-Unis, en Allemagne et même en Nouvelle-Guinée. Je recevais toujours de bons commentaires, mais mon premier choix, c’était le Canada. Je me plaisais bien ici», a-t-elle relaté.
«L’UQAT m’a donné ma première chance et je lui dois beaucoup. Je veux prendre ma retraite ici» - Li Zhen Cheng
La rencontre qui allait changer son existence s’est produite à la fin de 2001. Mme Cheng participait alors à l’événement Québec Exploration à Québec.
«Denis Bois (directeur de l’Unité de recherche et de service en technologie minérale de l'UQAT) avait besoin d’un géophysicien. Il avait été tellement impressionné par les commentaires des autres à mon égard qu’il est venu m’offrir le poste en me disant “Si tu veux, tu débutes dans deux semaines”. J’ai accepté, même si je n’avais aucune idée d’où se trouvait l’Abitibi-Témiscamingue! J’ai commencé en février 2002. À quelques reprises, j’aurais pu aller travailler ailleurs, mais j’ai décliné. L’UQAT m’a donné ma première chance et je lui dois beaucoup. Je veux prendre ma retraite ici», a-t-elle défilé.
La Chine dans ses bagages
Le rôle de Li Zhen Cheng ne se limite toutefois pas qu’à familiariser les futurs ingénieurs à la géophysique. On lui doit aussi en bonne partie le partenariat entre l’UQAT et les universités chinoises.
«En 2005, j’avais proposé à la rectrice (Johanne Jean) d’aller chercher plus d’étudiants étrangers, entre autres pour le programme de multimédia. Un peu plus tard, je faisais partie d’une mission de l’UQAT en Chine. La première cohorte d’étudiants chinois est arrivée à Rouyn-Noranda en 2006, suivie d’une autre en 2008. Et depuis 2010, c’est une nouvelle cohorte par année», a-t-elle indiqué.
Son rôle auprès de ces étudiants consiste à favoriser leur intégration dans le milieu. «Au-delà de l’échange culturel, les immigrants peuvent amener de nouvelles idées, des partenariats inattendus, des occasions d’affaires à l’étranger. Ce sont des relations toujours pleines de potentiel», a fait valoir Mme Cheng.
À voir la passion qui l’anime quand elle en parle, aucun doute là-dessus.

