Je venais tout juste d'accepter un emploi d'homme à tout faire à la boutique de sports de M. Paul Corbeil, qui était située sur la rue Principale à Rouyn, en face de ce que l'on connaît aujourd'hui comme «La Brochetterie grecque». C'était un petit magasin où l'on y entrait par une porte principale au fond d'un couloir flanqué de deux vitrines étroites et longues d'une vingtaine de pieds.
Un bon jour, on décide d'apporter du changement à la disposition d'une des vitrines et on me demande d'y enlever un filet de pêche dans lequel on avait accroché une cinquantaine de leurres de formes et de couleurs différentes. Ce filet se trouvait à l'extrémité la plus éloignée de la vitrine et pour y accéder, il fallait faire tout un exercice de contorsions pour éviter de renverser ou de déplacer les objets qui délimitaient le passage.
En jeune homme d'action que j'étais, je décide donc de sauver du temps en allant ramasser le fameux filet de pêche par les deux bouts du haut et de le sortir de là avec les leurres toujours accrochés. Imaginez la scène! Je ramasse le filet et j'essaie de franchir la vingtaine de pieds qui me sépare de l'entrée en tentant d'éviter dans un espace restreint tous les autres objets qui se trouvaient devant moi. Un premier mouvement de contorsion se traduit par l'accrochage de quelques leurres avec d'autres mailles du filet. Un autre mouvement semblable et je m'accroche encore. Je continue d'avancer et à me faufiler le long de la vitrine et les leurres continuent de saisir d'autres mailles du filet. Mais ce n'est pas cela qui va m'arrêter et quand je réussis enfin à sortir de la vitrine, vous auriez dû voir le gâchis! Les leurres étaient entremêlés les uns après les autres à travers tout le filet, dont la largeur était passablement diminuée.
Je n'ai donc autre choix que de démêler le tout et je m'installe sur un des comptoirs du magasin pour m'affairer. M. Corbeil aperçoit la scène et il me dit tout bonnement: «T'as l'air fin là, hein! Si tu avais pris quelques minutes pour réfléchir avant d'agir, tu n'en serais pas là, n'est-ce pas? J'espère que tu vas t'en rappeler.» Il avait bien raison parce que si j'avais pensé un peu à mon affaire avant de sauter dans l'action, j'aurais d'abord décroché les leurres un à un pour les déposer dans une boîte et j'aurais pu sortir le filet facilement par la suite. M. Corbeil serait sans doute heureux de savoir que ses mots sont restés gravés dans ma mémoire jusqu'à ce jour. Et même à la retraite, ils me sont encore très utiles.
Réfléchir avant d'agir. Voilà des mots qui peuvent paraître futiles dans ce monde où tout se passe si rapidement, mais ils me semblent encore toujours très pertinents. Trop souvent, on voit des gens autour de nous qui agissent avant de réfléchir en étant convaincus de sauver du temps et qui se retrouvent à en perdre davantage en essayant de réparer les pots cassés. Certains me diront qu'il y en a qui réfléchissent trop avant d'agir et ce n'est guère mieux. Mais trop, c'est comme pas assez, et il faut garder le cap sur l'équilibre dans tout ce que nous faisons.
Pour ma part, je continue de croire qu'un peu de réflexion avant d'agir demeure une très belle leçon de vie. Merci M. Corbeil.
