S’ils ont participé à de nombreuses expositions – et remporté plusieurs prix et bourses – chacun de leur côté, rares sont les occasions où le sculpteur et la peintre sur miniatures ont partagé en commun le fruit de leurs démarches.
«Nous-mêmes, on trouve ça un peu surprenant. Même si nous vivons ensemble et que nous partageons une passion commune pour l’art, nous sommes très différents l’un de l’autre. En même temps on s’influence aussi beaucoup mutuellement. Par exemple, c’est en ramassant du bois de grève que j’ai donné à Jacques l’idée de l’incorporer à ses sculptures», raconte Mme Gagnon.
«C’est vrai qu’on peut se demander comment deux imaginaires aussi différents peuvent cohabiter. Mais en même temps, on se complète bien dans notre manière d’être. La recherche de beauté et d’esthétisme de Liliane et ma quête de profondeur s’influencent l’une l’autre. Je peux créer une œuvre qui dénonce. Sauf que si, en plus, elle est plaisante à regarder, les gens vont être davantage incités à en découvrir le propos», fait valoir M. Baril.
Peu d’indices au départ
Pourtant, pratiquement rien au départ ne laissait présager que le tandem partagerait un jour un destin commun qui allait les réjouir. Dès son plus jeune âge, Liliane Gagnon savait en effet qu’elle allait devenir une artiste. Jacques Baril, lui, visait une carrière de journaliste.
«Dès mon plus jeune âge, je créais des œuvres, relate la Gallichanoise. Cependant, comme notre famille n’avait pas grand-chose, je me débrouillais avec ce qui me tombait sous la main. C’est peut-être ce qui m’a orienté vers les miniatures. J’ai par la suite suivi une formation en Arts appliqués à Montréal, à la fin des années 1960. J’ai eu des professeurs comme Madeleine Arbour, une des signataires du Refus global. Elle m’a incité à la créativité. Avec elle, on n’apprenait pas à dessiner un arbre selon ce qu’il est, mais selon la manière dont on le perçoit et comment il nous interpelle. Depuis, j’ai toujours eu un style très personnel.»
Du crayon au couteau
De son côté, c’est pratiquement par hasard que M. Baril s’est découvert, à l’âge de 19 ans, une vocation artistique. Il étudiait alors en journalisme au Cégep du Vieux-Montréal.
«Je venais de revenir d’un voyage de plus d’un an en Europe. Il me restait un ou deux cours à terminer, mais je ne voulais plus devenir journaliste. Comme j’avais beaucoup de temps libres, je me suis inscrit à un cours de sculpture sur bois. Le premier cours, j’ai comme tout le monde fait un bol. Sauf que moi, je l’ai ensuite viré de bord et je l’ai transformé en masque. Dès le lendemain, je suis revenu avec une grosse bûche de tilleul et j’en ai fait une sculpture qui a tout de suite connu beaucoup de succès. C’était d’autant plus surprenant que je n’étais même pas inscrit en arts. C’est là que j’ai décidé d’en faire un métier», évoque-t-il.
«Vivre de mon art, coûte que coûte, a influencé ma vie» - Jacques Baril
L’art, coûte que coûte
L’Amossois d’origine, qui a vécu son enfance à Val-d’Or avant de s’établir à Gallichan, ne voulait par contre pas, selon ses propres mots, devenir un artiste de fin de semaine ou encore exercer un métier en parallèle pour gagner sa croûte. «Vivre de mon art, coûte que coûte, a influencé ma vie», lance-t-il.
C’est ainsi qu’après avoir pratiquement reconstruit toute une maison à Gallichan, le couple s’est doté d’un atelier-boutique ouvert au grand public. «Au fil des années, on a accueilli beaucoup de monde de partout, dont Julien Poulin, Sœur Angèle et Maka Koto. Ça n’a pas toujours été facile, ça ne l’est pas toujours encore, mais on ne reviendrait pas en arrière», mentionne Liliane Gagnon.
Le deuxième volet de ce reportage peut être consulté en suivant ce lien.
Suivez la carrière des deux artistes en ligne au www.jacdegall.ca.

